Transformer les déchets plastiques en fleurs artificielles

Tel un poète qui transforme la boue en or, William Amor métamorphose les déchets plastiques en fleurs artificielles. À la manière d’un orfèvre, cet ennoblisseur de matières délaissées s’inspire des techniques de la haute couture pour créer ses « Créations messagères ». Des créations florales poétiques et engagées, qui font fleurir beauté et poésie partout sur leur passage !

Les jardins de la création des fleurs artificielles

william amor

Ce jour-là, le soleil illumine les pétales telles des ombres chinoises. Sur la table, au plafond ou des étagères, les fleurs courent partout le long de l’atelier tel un kaléidoscope coloré. Dans ce jardin d’essai aux milles couleurs, l’artiste plasticien et son équipe coupent, chauffent, assemblent et sculptent les matières délaissées. Emballages plastiques, chutes de tissus, capsules de café, filets de pêche… Sous ses mains d’artistes, ces déchets retrouvent un fabuleux destin.

Amoureux de la botanique

fleurs

Avant de recréer son jardin d’Eden artificiel, l’artiste quarantenaire s’est nourri du parfum vertigineux des fleurs de son enfance. Berceau de sa passion pour le vivant et source de son répertoire botanique si captivant, la Meurthe-et-Moselle, synonyme de souvenirs insouciants. Iris, alliums, pavots bleus de l’Himalaya, orchidées sauvages, jonquille, muguet… Sa campagne natale peuple son imaginaire d’enfant rêveur. Au fil de ses escapades, il s’émerveille de la beauté fascinante de la nature. Il dévore les livres de botanique et crayonne de magnifiques spécimens dans l’écrin cotonneux de sa chambre d’enfant. 

À l’époque, je me fantasmais botaniste, aventurier, dénicheur d’espèces rares ou créateur de fleurs nouvelles.

Les pavés parisiens, souffle de la création

Après un cursus en biologie ennuyeux et des millions d’expérimentations créatives en coulisse, l’enfant de la campagne pose bagage dans la capitale. Dans le tumulte de la ville lumière, il se remémore nostalgique les paysages verdoyants de son enfance. Au détour des pavés, un sac plastique Monoprix valsant au grès du vent l’extrait soudainement de ses rêveries : “cette souplesse, ce jeu de transparence dévoilant la lumière me ramenait au côté vivant et organique de la fleur, comme les pétales du coquelicot délicat”. Tel un chercheur d’or, il se met alors à récolter plastiques, verres, bouteilles et fait germer son propre jardin artificiel, un jardin dans lequel les fleurs ne meurent jamais. 

La déchetterie, fleuriste de luxe

En 2015, la COP21 bat son plein. Cette année-là, William dévoile ses créations florales pour la première fois. “Une amie, Virginie Seguin, m’a proposé de décorer sa piscine avec 400 fleurs en plastique pour l’inauguration de sa galerie Villa Cap d’Arts, dans le sud de la France.” C’est la naissance des « Créations messagères ». La même année, l’installation florale baptisée « La déchetterie, fleuriste de luxe » pour la créatrice de mode responsable, Sakine M’sa, se fait remarquer. “À partir de là, j’ai osé dévoiler ma sensibilité et mon amour pour le vivant au grand jour.” En 2019, vient la consécration : l’artiste autodidacte reçoit le Grand Prix de la création de la ville de Paris. 

J’ai osé dévoiler ma sensibilité et mon amour pour le vivant au grand jour.

Des collaborations prestigieuses grâce à ses fleurs artificielles

Une installation au Musée des Arts décoratifs pour l’exposition Christian Dior, trois cents coquelicots au Palais Brongniart pour Kenzo, une vitrine de roses chez Guerlain, des orangers pour une distillerie de spiritueux… Très vite, William se fait un nom et enchaîne les collaborations. Fleur d’ornement, bouquet, accessoire cheveux, mode, décor événementiel, vitrine…  L’amoureux de la botanique crée ses fleurs sur commande pour des maisons de luxe, des musées ou encore des particuliers. “La fleur m’a toujours fasciné depuis l’enfance. Cet esthétisme, cette sophistication, ces mélanges de camaïeu, ces formes, ces nuances… Tout m’inspire chez elle. C’est un peu les robes haute-couture de la nature.”

La fleur m’a toujours fasciné depuis l’enfance. C’est un peu les robes haute-couture de la nature.

Un poète des temps moderne

“Prunus petrochimica”, “papaver plastic bottle”, “rosa plasticae”, “cosmos illustrae moderna”, à travers ses fleurs aux noms évocateurs, il transmet des messages subliminaux à portée environnementale. Au-delà de ses « Créations messagères », l’artiste plasticien propose également son regard et sa créativité auprès des marques : “je les aide à transformer leurs déchets et reverser les fonds à des activités solidaires.” Avec son « Coquelicot messager », l’ennoblisseur de matière s’est amusé à revisiter le coquelicot pour la marque Kenzo. Une installation de 250 coquelicots en sac plastique et filet de pêche. Les visiteurs étaient invités à inscrire un message positif sur chacun des coquelicots numérotés et signés. La moitié des fonds ont ensuite été reversés à une association. “En tant qu’artiste engagé, c’est chouette d’avoir une résonance, un impact”, s’enthousiasme William.

Une métamorphose en fleurs artificielles qui prend du temps

Parmi les œuvres emblématiques de son jardin botanique : « Mimosa mégot » de minuscules mimosas créés à partir de l’acétate, extrait des filtres de cigarettes. “C’est incroyable de se dire qu’une cigarette met 15 à 20 ans avant de se dégrader dans la nature”, déplore l’artiste. Les roses, les œillets délicats, aux pétales plissés et nervurés ont été collés un à un ou brodés. Un travail d’orfèvre d’une extrême précision, fruit de centaines d’heures de labeur ! 

Rompre avec les jugements de valeur

Si William a fait des matières jugées inutiles sa principale source d’inspiration, c’est que pour lui, tout n’est qu’une question de perception : “C’est une folie de se dire que le plastique d’origine pétrochimique, ce jus de dinosaure comme j’aime l’appeler, a mis des millions d’années à se constituer ! Je veux rompre avec les jugements de valeur, ce qu’on juge néfaste et sans valeur peut se transformer en pièce d’art vectrice d’émotions. Un vilain déchet peut devenir la plus belle chose au monde : une fleur. Quitte à faire du beau, autant transformer les choses que l’on a jetées indélicatement. 

Une installation monumentale...

Depuis des mois, les mains s’activent dans l’atelier. Début avril, près de 3 000 fleurs géantes réalisées à partir de milliers de bouteilles en plastiques récoltés orneront le centre Beaugrenelle de Paris. Ces fleurs gigantesques suspendues incarnent l’espoir d’un monde débarrassé de la pollution. Elles invitent les visiteurs à réfléchir sur l’impact du plastique et de son recyclage. Une œuvre monumentale et poétique à découvrir du 7 avril au 30 juin !   

Je veux montrer qu’un vilain déchet peut devenir la plus belle chose au monde : une fleur.

Quitte à faire du beau, autant transformer les choses que l’on a jetées indélicatement.

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