Grégory Valentin

Grégory Valentin, aux mots et cetera

Extraire les mots du papier. Les dompter, les habiller, les sublimer. Transmettre une émotion, un ressenti, à partir d’une composition abstraite. Faire résonner les textes, redonner à la littérature française ses lettres de noblesse. Avec finesse et minutie, l’artiste-plasticien Grégory Valentin réécrit sa propre poésie. Telle une invitation à la contemplation, à la lecture, à la réflexion. 

Charles Baudelaire, Victor Hugo, Georges Perec, Jules Verne, Émile Zola, Albert Camus… Ces noms sont aujourd’hui – ou presque – connus de tous. À travers leurs poèmes, romans, essais, ces écrivains ont façonné l’histoire de la littérature française. Traditionnellement rangés dans une bibliothèque, ces grands classiques s’affichent désormais sur les murs et prennent vie. Sans pastiche. L’albatros est toujours prisonnier de ses grandes ailes blanches, tandis que Nana continue de séduire et manipuler les hommes.
Mais attention, le Horla n’est jamais très loin. Architecte de formation reconverti en graphiste, Grégory Valentin transforme en tableaux des œuvres littéraires intégrales via l’impression numérique. Au loin, difficile pourtant de distinguer les caractères.
À s’y méprendre. Car à mesure que l’œil se rapproche, fûts, empattements, déliés et pleins deviennent alors lisibles. Une illusion maîtrisée dont le caractère brut nous saisit. “Quand les gens regardent le tableau, ils sont d’abord surpris, s’approchent puis se reculent, et découvrent que c’est un livre”, explique-t-il. 

La bête #2
La bête #2 d'après La peste de Albert Camus, 1947.

Quand les gens regardent le tableau, ils sont d’abord surpris, s’approchent puis se reculent, 

et découvrent que c’est un livre

Mise en abyme

La lecture est la plus noble des passions. Elle nourrit l’âme, comme le pain nourrit le corps”, écrit en 1909 Antoine Albalat, critique littéraire. Si ces mots résonnent particulièrement pour Grégory Valentin, il n’en a pas toujours été ainsi. “Je lisais peu à mon sens”, avoue celui qui est aujourd’hui capable de dévorer en quelques jours seulement plusieurs romans. “Surtout parce que mon travail me l’exige”, plaisante-t-il. 

D’abord sensible à l’esthétique du livre en tant qu’objet, l’artiste cherche à lier sa passion grandissante pour la littérature à l’art. C’est ainsi que naît en 2014 sa série “especedelivre”. Décrocher l’encre du papier, sortir les mots des livres, leur donner une émotion… Ici, seule la notion poétique préfigure, excluant le figuratif. Le plasticien manie le choix de la typographie, joue avec l’interlignage, ajoute de la couleur, pour créer une œuvre abstraite.

Parfois, il s’amuse à mettre en perspective certains mots, comme pour accrocher le regard. Des classiques comme La peste d’Albert Camus à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, cet amoureux des lettres conjugue d’un même accord le troisième et le cinquième art. “J’emprunte les mots des autres pour en faire ma propre peinture”, souligne-t-il. Les textes sont imprimés sur un papier d’art de qualité puis soigneusement contrecollés sur PVC ou aluminium. 

Horizons d'après Germinal de Emile Zola, 1885.

Valoriser les œuvres littéraires pour qu’elles tombent jamais dans l’oubli.​

Le poids des mots

Au travers de ses créations graphiques, Grégory Valentin invite à redécouvrir la littérature sous un nouvel angle. L’objectif : donner le goût de la lecture, en valorisant des œuvres littéraires “pour qu’elles ne tombent jamais dans l’oubli”. Si la minutie est de mise dans son travail de composition, la sensibilité aux mots est aussi importante. “Je ne choisis pas de réinterpréter des livres au hasard. C’est important qu’il y ait un sens, que l’histoire me touche personnellement.” 

Son art, c’est avant tout son espace de liberté, un moyen d’échapper aux contraintes, en dehors de celles qu’il s’impose. Mais derrière cette fascination pour les lettres se cache en réalité un souhait : celui d’écrire un livre. “C’est un rêve de gosse”, admet-il. En attendant de concrétiser son rêve, le lillois envisage de s’essayer à d’autres techniques. Sculptures, sérigraphies ou installations monumentales… toujours autour du livre, bien sûr !

Exposé à la galerie Martine Ehmer et à L Gallery à Bruxelles, ainsi qu’à la Melting Art Gallery à Lille, Grégory Valentin signe cette année sa troisième participation à Lille Art Up! où il exposera une dizaine de créations dont un tableau vitrail – adaptation de Notre-Dame de Paris – où le récit s’anime grâce à un jeu de lumière et de transparence. De quoi tenir les spectateurs en haleine.​

TOP

Inscrivez-vous à notre Newsletter

Partageons l'art de vivre

1€ reversé à la Fondation de France pour chaque abonnement

Abonnez – vous