Ils ont l’audace, la créativité et la légèreté propre à ceux qui croient en leurs rêves. Dans les Flandres, Jade et Maxime ont fait naître une marque de décoration atypique : Bello Cabinet. La styliste designer et la céramiste inventent ensemble un univers décoratif hypnotique mêlant onirisme et cabinet de curiosité. Rencontre avec deux créatifs qui sortent vraiment de l’ordinaire.

Un paysage paradisiaque avec vue sur le mont des Cats : on croirait presque une peinture flamande. « Il faut souvent un coup de folie pour créer un destin », écrivait Marguerite Yourcenar. En voyant Jade et Maxime, on se dit qu’il faut souvent un coup de foudre pour créer de belles aventures. D’ailleurs, « bello », c’est un terme bien de chez nous pour désigner quelque chose de mignon. Sur les pentes du mont Noir, en route vers leur atelier à Boeschèpe, la nature flamande est inspirante. C’est le terreau fertile d’une aventure créative née ici un peu par hasard.

« Bello », c’est un terme bien de chez nous pour désigner quelques chose de mignon.

Des racines flamandes et des ailes

papier peint paysage nature

Jade a grandi dans cette campagne, faite de grandes pâtures et de champs de houblon. Après des études à l’institut Saint-Luc à Tournai, celle qui a toujours dessiné comme elle respire, devient styliste designer en métropole lilloise. Une expérience dans un show-room de design au Maroc lui donne le goût d’ailleurs. À la faveur d’un déjeuner à l’auberge familiale, elle rencontre Maxime, un pâtissier originaire de Bretagne. Il s’est posé là, séduit par l’authenticité des paysages, le cadre idyllique, et la cuisine de l’Auberge du Vert Mont, conçue dans le respect des hommes et de l’écologie.

Leur coup de foudre est suivi par 6 mois de voyage en Inde, au Népal et en Thaïlande. Ils lâchent tout pour mieux réinventer un univers à leur retour. « Bello c’est la fusion de notre couple et de nos voyages. C’est partir d’une page blanche, d’une matière brute pour inventer tout un monde autour de nous. C’est une bulle que l’on partage avec nos céramiques et notre papier peint. Bello c’est un mélange de maximalisme, d’un nouveau vintage, dans un esprit néo cabinet de curiosités. C’est spontané et léger, malgré tous ces détails. Mais c’est justement ça qui est important pour nous », raconte Jade.

L’appel de la terre

Céramique faïence

De formation, Maxime est donc cuisinier, chocolatier et pâtissier. Il aime travailler les matières brutes et les magnifier, que ce soit pour les déguster comme les transformer en objets uniques ! En imaginant Bello Cabinet avec Jade, l’envie de créer devient plus forte. Il commence à mouler des objets trouvés chez des antiquaires, puis il découvre la céramique et prend des cours de sculpture à l’Atelier Terre et Feu à Lille. « Samir, le shaman de la céramique, mon mentor, m’a mis au moulage en plâtre, et c’est devenu une évidence. Je suis mouleur-céramiste. Ma base de travail ce sont ces moules en plâtre, qui me permettent une créativité quasi sans limite », explique-t-il.

Dans ces moules, il coule une faïence qui sera cuite une première fois à basse température (1040°C) pendant 7 heures. Une fois émaillée, elle est cuite une deuxième fois. Certaines pièces de décoration murale sont travaillées en faux raku pour créer des effets de craquelures et de matières. Avec humilité mais beaucoup de passion, Maxime apprend à dompter la terre.

L’esprit cabinet de curiosités

Son univers est plein de fantaisie, de magie d’un soupçon de sorcellerie, de paganisme et de références anatomiques et entomologistes. Parmi ses pièces fétiches, il y a des animaux hybrides, comme le « Jackalope », un mélange entre un lièvre (jackrabbit en anglais) et une antilope. Né d’une légende de Kentucky, c’est un animal imaginaire du folklore américain, qu’un chasseur aurait cru un jour apercevoir. Le « Chakalope » est né du même principe, mi chat, mi antilope.

« Bello Cabinet c’est l’envie de retrouver le merveilleux des légendes, des croyances autour du monde. Nos objets sont un peu comme des totems, comme ceux que l’on ramène de ses voyages. » Lapins ou poupons siamois, cœurs et crânes mis en scène comme des vanités, délicate main qui devient soliflore en piquant une fleur au bout de chaque doigt : il y a un peu d’Alice au Pays des Merveilles, de Tim Burton, des Frères Grimm et un je ne sais quoi de « dark » adouci de beaucoup de poésie dans ses créations, qui ne laisse pas indifférent.

Vase visage

Des vertes et de jolis murs

Vase visage vert bello cabinet

Birdy, Odile Blue, Floyd, Fanny Green… l’univers de Jade est lui aussi plein de fantaisies végétales, de luxuriance, d’animaux exotiques et de belles images issues de livres d’art et de collection, de gravures d’autrefois d’illustrations fantastiques. La styliste designer, qui a travaillé pour de grandes marques textiles du Nord, voulait reprendre son indépendance et s’est spécialisée dans la création de papiers peints. Pourquoi le papier peint ? Justement pour faire rêver les gens, enchanter leur quotidien : « ce que j’aime dans la décoration, c’est cette magie qui peut changer les émotions en entrant dans une pièce.

« Son style, elle le définit comme « British kitch calme ». Parmi ses références, Pierre Frey ou Wiliam Morris. Imprégnée de références anciennes, elle recrée ses univers mentaux sur Ipad, c’est sa toile version 21e siècle. « La meilleure satisfaction que peut avoir un artisan, c’est quand l’irréel devient réel sous ses mains. C’est ça qui nous donne envie de nous lever chaque matin », sourit-elle. Le duo créatif s’équilibre et se complète sans cesse : l’harmonie déco née à quatre mains.

Une marque raisonnable et raisonée

papier peint fleuri bello cabinet

Comme une évidence, les deux créateurs ne conçoivent pas leur marque autrement qu’avec des racines fermement ancrées dans la région. « Ça a été un beau processus de réflexion, de maturation, de recherches de fournisseurs français », continue Jade. Le papier vient de Bailleul, il est imprimé par une entreprise hazebrouckoise, à la demande (comptez une semaine de délai). On ne peut pas faire plus court.

Maxime crée lui aussi à la demande. « Le but est d’éviter tout stock dormant au milieu de cette sur consommation à outrance. La collection s’alimente au gré du temps, ce qui évite toute frustration et nous rend encore plus créatifs. On commence à travailler avec des particuliers et des professionnels pour des projets sur mesure, et ça anime encore plus notre quotidien. Parce que derrière chaque projet, il y a une histoire ou une envie encore inexistante. Et c’est tellement intéressant et inspirant ! ». Leur petit mantra ? « C’est une phrase de Saint-Exupéry, tirée du livre « Le petit Prince » qui dit : « c’est véritablement utile, puisque c’est joli. »

C’est véritablement utile, puisque c’est joli.