La Villa Cavrois : une maison hors du commun

Autrefois vu comme une ombre dans le paysage, la Villa Cavrois fait aujourd’hui toujours parler d’elle, mais cette fois-ci pour de bonnes raisons. Après avoir franchi le pas de la porte, Visite Déco vous emmène presque 100 ans en arrière pour découvrir ou redécouvrir le vécu de cette maison hors du commun.

La douce folie

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Hannelore Veerlaert – Boite à lumière

Au début du XXème siècle, la région des Hauts- de-France s’est illustrée par son industrie particulièrement développée, notamment en matière de textile. Depuis 1870, la bourgeoisie, prospère grâce à cette industrie, tend de plus en plus à un cadre de vie plus sain que celui inhérent aux logements d’usine. La ville de Roubaix, dite “ ville aux mille cheminées” pour son activité industrielle en plein essor, a vu s’élever une bâtisse qui a marqué son temps et les esprits : la Villa Cavrois.

Cette demeure imposante et moderne édifiée par l’architecte Robert Mallet-Stevens à la demande de Paul Cavrois, grand industriel de la région, tranche particulièrement avec le style néo-régionaliste des maisons environnantes, très en vogue à l’époque.

Une histoire tumultueuse

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Hannelore Veerlaert – Escalier

Tout a débuté par une rencontre entre Paul Cavrois et Robert Mallet-Stevens en 1929 à l’exposition des Arts Décoratifs de Paris. D’abord abordé par l’architecte Jacques Gréber qui lui avait proposé une œuvre néo-régionaliste, très tendance dans les années 1930, Paul Cavrois a alors préféré signer avec Mallet- Stevens et son œuvre totale, beaucoup plus moderne. La famille Cavrois, ni collectionneurs ni avant gardistes de nature, ont été immédiatement séduits par le mode de vie sain, confortable et moderne immanent au projet.

La Villa a traversé les années sans bouger jusqu’en 1939 ou, sous l’occupation allemande, elle fut occupée par l’armée germanique et transformée en caserne. Suite à cet épisode de guerre et à la libération, la famille décide de faire appel à l’architecte Pierre Barbe pour modifier la distribution intérieure de la maison. Madame Cavrois décède en 1985 et la maison est alors vendue à un promoteur immobilier qui a pour projet de lotir le parc. La maison est abandonnée, puis vandalisée et se dégrade considérablement, malgré son classement au titre des monuments historiques en 1990.

Une renovation chronophage

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Hannelore Veerlaert – Grand vitrage

En 2001, l’État acquiert une grande partie de la propriété de la demeure et entame une série colossale de travaux échelonnés sur 13 ans de restauration. Cette rénovation fait l’objet de recherches historiques et archéologiques pour restituer la villa quasiment à l’identique de ce qu’elle était en 1930.

Une architecture grandiose et démesurée

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Jean-Luc Paillé – Vue extérieur

La Villa Cavrois, autrefois fortement critiquée par sa non conformité et surnommée “le péril jaune”, “la folie Cavrois” ou encore “le bateau”, est aujourd’hui grandement reconnue pour son histoire et son architecture hors du commun. C’est d’abord un véritable château moderne, par ses proportions imposantes, avec sa façade de 60 mètres de long et ses 28 000 mètres carrés de plancher. Elle est composée de deux ailes symétriques, typique de l’aristocratie du XVIIème siècle habituée à loger ses domestiques dans l’enceinte même de sa demeure. Elle se caractérise également par ses toits terrasses et ses volumes impressionnants et dépourvus d’ornements.

La maison Cavrois, c’est également un esprit jonglant avec les valeurs de travail, sport, confort et économie et évoluant autour de la famille nombreuse qui l’habite. L’hygiène et la fonctionnalité dans les espaces de services sont d’ailleurs deux piliers inspirants de cet intérieur, notamment celui de la cuisine où l’on trouve nombre de placards intégrés ainsi qu’un monte charge desservant les différentes terrasses.

Des équipements avant-gardistes

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Hannelore Veelaert – Piscine

L’œuvre de Mallet Stevens est moderne par son équipement de pointe pour l’époque : chauffage centrale, ventilation, éclairage, ascenseur sont installés, ainsi que le téléphone et la radio dans toutes les pièces de la maison. Ici, chaque détail de la maison est pensé par l’architecte, du choix des matériaux, comme le marbre et le bois, au style du mobilier. Le jardin et la lumière tiennent également une place importante : chaque pièce maîtresse de la maison fait quasi partie intégrante de l’extérieur grâce aux immenses baies vitrées qui donnent sur le jardin. Ici, les perspectives sont parfaitement illustrées par les lignes du jardin et le miroir d’eau qui mettent en valeur les dimensions et la symétrie du bâtiment.

Une villa digne d’un décor de cinéma

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Adeline Vendeville – Salle de bain

Avec son cadre prestigieux où rien n’est laissé au hasard, la Villa Cavrois prend des airs de décor de cinéma ! Le réalisateur François Ozon a d’ailleurs choisi le lieu pour tourner quelques scènes dans son dernier thriller érotique L’amant double, film qui a, par ailleurs, fait sensation lors du dernier festival de Cannes. À l’écran, on retrouve notamment les pièces du rez-de- chaussée de la partie est.

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Publié le 11/07/2017 par La rédaction
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