Affiche exposition William Morris à La Piscine de Roubaix

Roubaix à l’heure anglaise avec William Morris

À l’occasion de l’exposition Automne à l’anglaise, le musée de la Piscine de Roubaix met à l’honneur l’artiste engagé William Morris. Après plus d’un siècle, son œuvre reste une source d’inspiration majeure pour de nombreux designers et décorateurs. Zoom sur un entrepreneur créatif.

Découvrez William Morris au musée de la Piscine de Roubaix

Père de l'Arts & Crafts, parcours d'un artiste engagé

Portrait William Morris
© National Portrait Gallery Londres, William Morris par Abel Lewis
Papier peint imprimé par Morris & co
Papier peint imprimé © Morris & co, photo Alain Leprince
Papier peint Fruits de Morris & co
Papier peint « Fruits » © Morris & co, photo Victoria and Albert Museum

Populaire en Angleterre, anonyme en France – ou presque – William Morris a laissé son empreinte à travers le stylisme, la peinture, la tapisserie jusqu’à la décoration. Sa vie durant, il se heurte au boom de l’industrialisation et de la surconsommation qui frappe l’Angleterre du XIXᵉ siècle. Pour contrebalancer avec la mécanisation et la déshumanisation de l’art, l’artiste initie un courant novateur : le mouvement Arts & Crafts (arts et artisanats). « Il est mort d’avoir été William Morris. » C’est ce que dira son médecin à sa mort. Pour cet entrepreneur créatif, le travail représente « une ode à la convivialité, à la gratuité, à l’épanouissement personnel, à l’amour du travail bien fait et à la beauté ». Cet épanouissement le pousse à s’immiscer dans le monde de l’art et de ses univers.

Artiste engagé, il se bat pour remettre les arts décoratifs au rang d’arts majeurs au même titre que la peinture ou la sculpture. Pour mener à bien sa mission, il fonde en 1861 Morris Marshall Faulkner & Co – qui deviendra plus tard Morris & Co –, se rapproche des meilleurs artisans de son époque et transmet ce goût du travail bien fait à de jeunes apprentis. Deux siècles plus tard, ses motifs et imprimés inspirent l’esprit de nos designers.

Se rapprocher de l'essentiel

The pimpernel par William Morris
© Les arts décoratifs, Jean Tholance, The pimpernel 1876, William Morris

Enfant créatif et rêveur, il se perd dans les forêts qui entourent sa maison de campagne. De cette nature, il puisera son inspiration. En témoigne d’ailleurs l’omniprésence de la végétation dans ses œuvres. Alors que les enjeux de notre société nous écartent des plaisirs fondamentaux du quotidien, ces œuvres font appel à l’évasion. Plus que cela, elles sont ancrées dans notre réalité, celle où nous accumulons puis jetons des objets inutiles.

Comme il le dit lui-même : « N’ayez rien en vos maisons que vous ne sachiez être utile, ou que vous ne pensiez être beau ». William Morris est un homme aux mille passions, qui se sera battu toute sa vie pour l’art. Sa pensée fait écho à notre époque consommatrice. Telle une piqûre de rappel, elle nous conduit à revoir notre vision de la décoration ainsi que notre rapport à la nature et à l’artisanat. Aujourd’hui que reste-t-il de son message ? À chacun d’interpréter le sens de son œuvre.

Arts & Crafts, ils s'en inspirent...

Lorsque Roubaix passe à l’heure anglaise, il ne s’agit pas uniquement de William Morris. En effet, c’est également le travail de créateurs contemporains qui est à découvrir en marge de l’exposition. Les recherches et les créations de ces derniers font d’ailleurs un écho surprenant aux préoccupations de William Morris. Des travaux qui reflètent les liens entre l’Angleterre et Roubaix avec des échanges riches et réguliers. Ceux-ci ont notamment eu lieux entre 1840, période des premiers voyages des industriels roubaisiens dans ce pays, et 1968, l’année du jumelage avec la ville de Bradford.

Hugo Laruelle, le lac aux îles enchantées

Portrait Hugo Laruelle
© Hugo Laruelle, exposition Le lac aux îles enchantées
Tableau Samuel par Hugo Laruelle
© Samuel, par Hugo Laruelle, exposition Le lac aux îles enchantées

L’artiste roubaisien Hugo Laruelle tire son inspiration du roman Le lac aux îles enchantées écrit par William Morris en 1897. Ce recueil a longuement influencé la littérature fantastique anglaise. Le photographe et peintre s’inspire de ce récit fantaisiste et se le réapproprie en créant des photographies et peintures uniques. La magie opère dans son curieux atelier de la maison verte à Roubaix, les modèles défilent et posent, drapés de tissus en tout genre et aux motifs floraux. Une véritable poésie se reflète dans les feuilles d’or de ses tableaux, sur lesquels on aperçoit les paysages extraordinaires de ce créatif.

Luke Newton, la surconsommation comme objet d'art

Portrait Luke Newton
© Luke Newton, exposition Un produit de consommation
œuvre squelette
© One Man's Trash, par Luke Newton, exposition Un produit de consommation

Issu de la prestigieuse école d’art Saint-Martins School et né dans une Angleterre industrialisée et consommatrice, le sculpteur Luke Newton repense les codes du design à travers des objets du quotidien. Emballages, crayons de couleurs et journaux, il manie cette matière pour en faire de véritables objets d’art.

Le sculpteur donne une nouvelle vie à ces accessoires pourtant insignifiants, se lie à la doctrine de W. Morris en les rendant utiles et beaux. « Nous avons tendance à déprécier la reproduction industrielle, je pense que l’art doit l’intégrer. » Dans cette exposition, l’artiste grave son empreinte et casse les codes des arts appliqués avec ses œuvres colorées.

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