Décoration Léopard et or

Elle créait des décors. Comme une artiste. Sans limite. Dans l’univers corseté du début du XXième siècle, elle a mélangé styles, périodes historiques, déco populaire et bourgeoise. Sans complexe. Elle a cassé les codes pour imprimer son style. Un style qu’elle emprunte en partie à ses univers littéraires. Il y a du salon de Proust dans son imaginaire, des décors à la Tolstoï où évolue Anna Karenine ; s’y mélangent le goût « cocotte », la rigueur du directoire, les grands classiques. On y retrouve aussi les courbes du « Biedermeier », les feuillages tourbillon, les imprimés fauve et du bleu, beaucoup de bleus. L’un d’eux prendra même son nom : le bleu Castaing… On ne rejoue pas du Madeleine Castaing. On lui rend hommage, on s’en inspire. Comme aujourd’hui les éditeurs, décorateurs et architectes : Friedmann & Versace, Cordelia de Castellane, Dorothée Delaye, Edmond Petit, Tectona…

La légende Castaing

Madeleine Castaing

Elle savait raconter des histoires… Enfin, son histoire : la légende Castaing. Et la légende Castaing commence comme il se doit quand on est férue de littérature russe : on s’éprend, jeune. Madeleine tombe amoureuse à l’âge de 15 ans d’un critique d’art toulousain : Marcellin Castaing. On est enlevé. Madeleine aime raconter son enlèvement par son futur mari. Et quand on a de la chance, l’histoire se termine bien. Le fait est qu’elle l’a épousé à 15 ans (il en avait 34).

Auprès de lui, après un passage rapide sous l’œil des caméras – elle a été actrice du cinéma muet – elle assouvira sa passion pour la décoration et pour l’art. Elle et son mari deviendront collectionneurs et mécènes, notamment du peintre russe Soutine. Elle se fait offrir un domaine qu’elle adore depuis très jeune : la demeure de Lèves près de Chartres. C’est là que son talent se déploie et que Madeleine entame son œuvre de décoration qui elle aussi deviendra légendaire.

Madeleine Castaing © DR

Madeleine Castaing a le génie des maisons et le génie des jardins.

SOUTINE
Décoration Vintage Rose
Codimat © Roland Beaufre

La naissance du « style Castaing »

Madeleine transforme le jardin d’hiver de la gentilhommière de Lèves en un véritable laboratoire d’expérimentations. Les décors à base de chintz anglais, de mobilier en acajou et en bambou se mélangent. Elle y dessine également la chaise « Ballerine », en équilibre sur ses pointes, qui sera plus tard rééditée par la maison Louis Roitel. Assumant son extravagance, elle mêle les styles décoratifs du XIXe siècle : les motifs léopards inspirés de l’Empire, les losanges et palmettes Directoire, les courbes Biedermeier… Elle ose avec poésie, légèreté et exubérance, les alliances de couleurs et de motifs.

Virtuose des pigments, elle imagine le fameux « bleu Castaing », turquoise intense et lumineux, marié au blanc cassé et au noir. Dans sa boutique de la rue Jacob, elle invente un écrin pastel, bleu poudré, vert amande et rose dragée. Comme cela, meubles en bambou, tissus bayadères, objets chargés d’histoire, papiers peints exotiques et imprimés léopards se côtoient avec poésie. Grande sensible et amoureuse de l’histoire, Madeleine Castaing entrait dans l’intimité de ses clients, au cœur de leurs envies pour métamorphoser leur intérieur. Elle aimait répéter :  » Je fais des maisons comme d’autres font des poèmes », racontant une histoire au travers des objets, du mobilier et des étoffes sélectionnés avec exigence.

Je fais des maisons comme d’autres font des poèmes.

Madeleine Castaing

Un Showroom en héritage

Déco orange et vert

C’est au 23 rue du Mail à Paris, que les amoureux du “style Castaing” peuvent replonger dans l’univers inimitable de Madeleine Castaing. Dix-sept ans après sa disparition, trois grandes maisons de la décoration se sont unies pour cultiver le style si singulier de la papesse de la décoration en exposant leurs collections dans un showroom spécialement dédié.

Showroom Madeleine Castaing – 23 rue de Mail à Paris

Papier peint à lignes

L’éditeur de tissus Edmond Petit, 150 ans d’âge l’année prochaine, propose des tissus et papiers peints exclusifs. Intimement lié à Madeleine Castaing puisque, depuis près de vingt ans, Edmond Petit réédite et distribue en exclusivité à travers le monde, les créations de la célèbre créatrice hors-normes.

Edmon Petit © DDelmas

Atelier de peinture

L’Atelier Mériguet-Carrère, fournisseur de peinture pour les plus beaux chantiers de restauration des Monuments Historiques et célèbre pour ses papiers peints, propose 14 couleurs iconiques, du « bleu madeleine » au « lierre imaginaire », en passant par le noir « Rue Jacob », le rose « Villa des Roses », les verts « Salon de Lèves » et « Chambre d’été » … 

Mériguet-Carrère

Enfin, interlocutrice privilégiée des grands décorateurs, la marque Codimat Collection, reconnue pour ses moquettes et tapis de qualité, dévoile une sélection de tissus de sol décoratifs élaboré en étroite collaboration à l’époque avec Madeleine Castaing, aux motifs cultes Léopard, Panthère, Lynx, Eglantines, Feuilles de Lierre… La marque  est aujourd’hui l’unique dépositaire de ces motifs illustrant le “style Castaing”.

Codimat © Guillaume de Laubier

Ici, l’antique se mélange au contemporain, les codes classiques deviennent fantaisistes.

Friedmann & Versace © Alexandre Tabaste

Trattoria fantasmée

Imaginé par le tandem féminin Friedmann & Versace, le nouveau restaurant du Palais de Tokyo, le Bambini revendique la dolce vita et l’effervescence d’une trattoria populaire où la magie de Madeleine Castaing opère.   Le théâtre d’un art de vivre où l’antique se mélange au contemporain, les codes classiques deviennent fantaisistes. Un décor où les styles et genres se confrontent avec poésie : chinoiseries, moulures, boiseries précieuses, peinture façon Jean Cocteau et arts décoratifs s’y entremêlent majestueusement  rappelant doucement l’éclectisme Castaing.

Friedmann & Versace © Alexandre Tabaste
Friedmann & Versace © Alexandre Tabaste

Exubérance tropicale

Après de longues années de travaux, l’Hôtel de la Marine monument emblématique place de la concorde a retrouvé tout son charme et a accueilli le Café Lapérouse de l’autre côté de la cour d’honneur. Un voyage d’exception signé Cordelia de Castellane, au décor inspiré de l’univers de Madeleine Castaing, la créatrice à elle-même pensé et dessiné tous les motifs floraux et aquatiques sur les assiettes ou encore la grandiose fresque murale, sa pièce préférée. Au cœur du salon de l’Orient on y retrouve l’ambiance enveloppante et boisée du restaurant : tons roses et rouges profonds, bois d’acajou et cuirs de Cordoue, douce lumière diffusée par de majestueux lustres Baccarat chinés… Un carnet de voyage qui nous emporte entre fantaisie féérique, mix & match de charme, et escale entre le retour des Indes et salon d’Orient.

Café Lapérouse © François Coquerel

Faire entrer les extérieurs dans les intérieurs.

Madeleine Castaing

Riviera française

Dans une exubérance calibrée, l’univers bourgeois-bohème-chic plane sur le restaurant le Mimosa, dernier fief de Jean-François Piège. Un décor juste mais généreux signé Dorothée Delaye où fresques foisonnantes, imprimés tropicaux, style Biedermeier façon Madeleine Castaing, végétation intérieure  se conjuguent avec raffinement comme une fenêtre ouverte sur la Méditerranée, rendant hommage à la Riviera des 50’s.

Le Mimosa © Alexandre Tabaste Lieu
Le Mimosa © Alexandre Tabaste Lieu

Sanctuaire made in England

L’héritage Castaing se devine dans les dernières collections de House of Hackney,  qui réinterprétère son maximalisme à travers des collections de tissus d’ameublement et de papiers peints extravagants. Audacieuse, anticonformiste, et terriblement chic outre-Manche, la maison née dans l’Est de Londres a fait de l’imprimé néo-baroque sa signature absolue. Ornées d’imprimés, les étoffes évoquent le souvenir d’une histoire passée où les objets transforment les maisons.

Audacieuse, anticonformiste et terriblement chic