Portrait Alain Renaudin

Le biomimétisme avec Alain Renaudin

S’inspirer du vivant, de la nature pour innover et bâtir un avenir durable. Voilà comment résumer en quelques mots le concept du biomimétisme. Par ce prisme, comment rendre la ville de demain plus désirable et résiliente ? Tête-à-tête avec Alain Renaudin, fondateur du salon Biomim’expo.

En quoi le biomimétisme consiste-t-il ?

Le biomimétisme consiste à s’inspirer des processus du vivant, de la nature pour innover, apporter des solutions efficaces et écologiques et répondre aux enjeux industriels, techniques et architecturaux de notre époque. Cette approche repose sur l’observation de 3,8 milliards d’années de recherche et de développement. C’est le premier et le plus grand laboratoire au monde. Mieux comprendre le vivant, le décrypter et le reproduire avec ingéniosité permet d’ouvrir le champ des possibles. On peut résumer le biomimétisme à une sorte de cahier des charges du développement durable. Comme disait déjà Léonard de Vinci : « Va prendre tes leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur… »

Pourquoi est-il si important aujourd’hui ?

Nous connaissons les défis à relever, mais nous avons trop longtemps été englués dans la pédagogie du pourquoi nous devons changer sans réellement savoir comment le faire. Il faut sortir de la seule représentation des constats, car ce qui est déterminant, c’est de faire bouger les choses. Le biomimétisme permet de passer à l’action, d’être un démonstrateur de solutions pour tous les domaines grâce à tout un écosystème d’acteurs (biologistes, ingénieurs, architectes…). Il ne faut plus uniquement protéger la nature qui nous entoure mais être en capacité de la régénérer et tirer les leçons de son équilibre pour réduire les nuisances de ce que nous provoquons. La nature est une école du futur incroyable, il faut la préserver si on veut pouvoir continuer à s’en inspirer.

C’est un peu comme une invitation à changer le regard sur l’environnement...

Absolument. Le biomimétisme, c’est aussi la capacité à s’inspirer des autres. Et ce, dans une forme d’intelligence collective hybride pour mettre en synergie les talents et développer encore plus de créativité et d’innovation au service de la planète. Si on continue, par exemple, à concevoir la ville uniquement à travers un vivier d’urbanistes, on aura toujours des idées d’urbanistes. Pour penser la ville bio-inspirée de demain, on a besoin de biologistes, écologues et autres experts en sciences sociales.

En quoi cette approche peut-elle servir demain les villes ?

Les villes actuelles sont surchargées et polluées. Les impacts du changement climatique augmentent la nécessité et l’urgence de repenser durablement nos villes. Depuis deux cents ans, on a construit notre habitat d’espèces pour nous, en excluant tout le reste. Pour rendre nos villes résilientes et vivables, arrêtons de penser notre habitat uniquement pour l’Homme.

La reconnexion entre l’homme est la nature est indispensable. Pour cela, il faut réintégrer non seulement les organismes vivants mais aussi le cycle de l’eau en milieu urbain. Refaire ce que l’on appelle des « sponge cities » (villes-éponges, perméables). La ville biomimétique, c’est une ville bio-inspirée et vivante. Elle intègre des écosystèmes de biodiversité en fonction des spécificités de chaque territoire. Il ne s’agit pas seulement de planter des arbres le long des rues ou des trottoirs. En s’inspirant des solutions naturelles et en les transposant, le biomimétisme pourrait aider les villes de demain à tendre vers l’autosuffisance.

Quelles sont ses applications concrètes en milieu urbain ?

Dans le domaine de l’architecture, l’approche de la bio-inspiration se fait une place. En effet, on assiste de plus en plus à des réalisations inspirées du vivant qui répondent aux enjeux environnementaux. C’est le cas de la tour D2 à la Défense signée par l’agence Béchu + Associés. La structure porteuse extérieure est directement mimée du périoste de l’os, ce qui a notamment permis une réduction de 30% de matière par rapport à une ossature classique en béton.

De son côté, la silhouette du Centre d’arts à Singapour rappelle la coque épineuse du durian, fruit exotique, et dont la fonction architecturale sert à thermoréguler naturellement le bâtiment. Autre tendance lourde, c’est l’innovation bio-inspirée régénérative, autrement dit lorsque l’on recrée des conditions favorables à la recolonisation de la biodiversité terrestre. La start-up Nat’H propose, par exemple, d’intégrer des nichoirs en béton de bois dans le bâti, avec une enveloppe pensée pour accueillir la faune sauvage et la réconcilier avec l’urbanité. Ainsi, la réflexion ne se limite plus à végétaliser nos quartiers mais à reconstruire des havres de biodiversité interconnectés, pour penser la ville comme un lieu de cohabitation entre l’Homme et la nature.

Alain Renaudin, fondateur du salon Biomim'expo

Ancien directeur général adjoint de l’institut de sondage Ifop puis président de DDB Corporate, Alain Renaudin crée en 2011 NewCorp Conseil, une agence en stratégie et communication autour des problématiques RSE et des enjeux de transition et d’innovation. Soucieux de faire connaître au plus grand nombre la thématique émergente du biomimétisme et des innovations bio-inspirées, il organise en 2016, la première édition du salon annuel Biomim’expo à Senlis.

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