Philippe Zmirou, la beauté comme une justesse

Directeur de l’école Esmod Roubaix depuis plus de vingt ans, Philippe Zmirou nous parle de la beauté comme on évoque une justesse. Avec sincérité, passion, admiration, et poésie.

Philippe Zmirou

Philippe Zmirou

Pour vous, la beauté est-elle utile ?
Le beau selon moi est avant tout une justesse et, plus particulièrement dans mon métier, une justesse de silhouette. Autrement dit la beauté est une cohérence, on ne peut pas tout mélanger. Dans une société où le regard est primordial, je pense qu’elle est complètement utile ! Elle nous habite au quotidien. Sinon, tout serait transparent… le beau distingue.

Relève-t-elle du domaine du subjectif ? Pourquoi ?
Oui, elle dépend du regard porté. Nous devons cependant porter un regard juste sur la beauté. Que l’on trouve que cela n’entre pas dans nos critères d’affinité est autre chose. Par exemple, je peux ne pas porter un vêtement car il ne me correspond pas mais je peux reconnaître qu’il est juste et donc beau. C’est comme une œuvre d’art : on ne peut pas dire « cette œuvre d’art est laide » si elle est juste.

Que trouvez-vous de plus beau dans la vie ?
Simplement de se réveiller le matin pour un nouveau jour quel qu’il soit. Dans mon quotidien à Esmod, je suis heureux de me lever pour transmettre ma passion, c’est mon plus beau challenge. Je m’enrichis aussi du regard jeune de mes étudiants sur le monde. Sorti de l’école, je trouve belles les choses à priori insignifiantes. En plein automne, les arbres couleur de feu sont juste magnifiques !

Saint-Laurent disait : « Les modes passent, le style est éternel ». Chanel elle : « La mode se démode, le style jamais ». Pensez-vous que la beauté soit éphémère comme la mode ou constante comme le style ?
La beauté traverse les époques. Elle n’est pas éphémère, elle évolue selon des critères mais reste la beauté. Quoi qu’il en soit, les anciens idéaux de beauté sont encore projetés de nos jours dans la mode. Par exemple, le drapé grec reste tout un art et est une source d’inspiration intarissable.

Sur le podiums ou encore dans la publicité, à côté des « canons de beauté », de plus en plus de beautés « atypiques » apparaissent. La beauté est-elle une histoire de perfection ou d’imperfections ?
D’imperfections. Les beautés « académiques » peuvent me laisser insensibles malgré un visage et un corps dit parfaits. Les beautés atypiques, les « gueules », elles subjuguent. Ce que certains considèrent comme des défauts ne le sont pas pour moi. De là peut émaner une splendeur, un charisme. L’âme se dévoile et là est la vraie beauté : dégager quelque chose.

Portrait chinois
Si tu étais une couleur :
Le noir. Comme disait l’artiste Barbara : « Le noir est un habit de lumière ». On me connaît comme étant essentiellement habillé en noir même si depuis quelques mois je me surprends à basculer vers d’autres couleurs comme le vert pomme.

Si tu étais un animal :
Un oiseau pour sa poésie, sa liberté, son optimisme.

Si tu étais un film :
Un film des années 40-50. Je pourrais passer des nuits entières à en visionner.

Si tu étais une chanson :
Il y en a trois de Barbara : Le jour se lève encore, l’Aigle Noir et Ma Plus Belle Histoire d’Amour.

Si tu étais un objet :
Ma ceinture fétiche. Comme un grigri, je ne m’en sépare jamais, elle fait partie de moi. Même si je ne la porte pas, elle est dans mon sac !

Si tu étais un pays :
Un pays la France et une ville Roubaix. Lorsque j’ai posé le pied dans le Nord, j’ai su que ce serait une belle aventure. Je trouve qu’il y a une vérité surprenante ici, en tout cas j’ai trouvé la mienne faite d’authenticité et de combativité.

Si tu étais un héro :
Cela voudrait dire que j’aurais presque tout accompli… je ne veux surtout pas être un héro !

Si tu étais un bonbon :
Un bonbon tendre.

Laura Dejas
Publié le 08/12/2016 par Laura Dejas
À force de dénicher des inspirations pour vos intérieurs, elle a développé plusieurs toc déco comme accumuler cadres et objets et dépareiller coussins et suspensions. Totalement addict aux moodboards, au cuivre, et au bleu grisé, elle est aussi carrément allergique au velours, au lambris et aux napperons en dentelles. Parce que la déco est une jolie histoire de passion et de conviction !
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