Les désastres de la guerre au Louvre-Lens

Labellisée « Centenaire 1914-1918 », l ’exposition Les Désastres de la Guerre s’intéresse à la manière dont les artistes ont représenté la guerre, depuis les campagnes napoléoniennes du début du XIXe siècle, jusqu’à aujourd’hui. À découvrir jusqu’au 6 octobre, au Louvre-Lens.

L'oublié, 1872Photos : Emile Betsellère – L’oublié, 1872

Un sujet épineux

Les Désastres de la Guerre est une exposition d’envergure : par son contenu d’une part, 450 oeuvres de près de 200 artistes (Géricault, Goya, Dix, Vallotton, Léger, Richter, Villeglé, Gance, entre autres) ont été réunies sur 1800 m², , et par son sujet, très ambitieux, d’autre part.

« Nous voulions proposer une exposition sur la guerre, sur les terres de Lens si fortement marquées par les deux guerres mondiales. Nous avons choisi de montrer comment les artistes ont regardé la guerre, et ses conséquences sur la population » explique Laurence Bertrand Dorléac, commissaire de l’exposition.

En douze séquences, Les Désastres de la guerre balaye une vingtaine de conflits, en adoptant une progression chronologique. Partout, le désenchantement règne. 

Progressivement, la célébration de l’héroïsme a laissé la place à un regard distancié sur la folie de la guerre, les pertes humaines, les blessures physiques et psychiques, la dévastation des territoires. 

« Chaque guerre est un tournant dans la représentation de la guerre » ajoute Laurence Bertrand Dorléac.

L’exposition débute par les ruines de Lens, en 1918. Puis nous découvrons le seul tableau héroïque du parcours : Napoléon franchissant le Grand-Saint- Bernard, peint au tout début du XIXe siècle par Jacques-Louis David.

Mais très vite, des artistes comme Géricault ou Goya –qui réalisa une série de gravures montrant l’inmontrable– se dirigent vers une dénonciation de la guerre et de la violence.

« Géricault raconte quelque chose qui n’a jamais été raconté jusque là » précise Laurence Bertrand Dorléac.

Cuirassier blessé, 1814Photos : Théodore Géricault – Cuirassier blessé, 1814

Des dégâts humains

Les conflits se succèdent : la guerre d’indépendance des Grecs (1821- 1830), lors de laquelle Lord Byron s’engagera comme volontaire.

La guerre de Crimée (1853-1856), qui vit pour la première fois l’intervention de la photographie (inventée en 1826), mais soumise à la censure et ne pouvant représenter ni mort ni blessé, contrairement à la peinture qui, elle, se charge de représenter les désastres humains. Le terrain étant alors traité comme un personnage de la guerre. 

La guerre de Sécession marque ensuite un tournant puisque, en plus des ravages matériels, la photographie commence à représenter la mort à grande échelle.

Dans la section consacrée à la Première Guerre mondiale, exceptionnelle par l’ampleur des dégâts humains qu’elle causa, on peut notamment voir quelques minutes du film J’Accuse d’Abel Gance, réalisé en 1919.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, blessures du corps et de l’esprit et paysages ravagés continuent à être représentés. Face à la barbarie, la question de ce que l’on peut ou non montrer se pose. 

Viennent enfin les guerres d’Indochine (1946-1954), d’Algérie (1954-1962) et du Vietnam (1954-1975), dont on retient le prisonnier vietcong photographié par Eddie Adams, qui fit le tour du monde.

 

Ruins of the R.R. Depot in Charleston, 1865Photos : George N. Barnard – Ruins of the R.R. Depot in Charleston, 1865

Un exutoire pour se libérer du poids du passé

Au terme du parcours, l’émotion est vive. Les Désastres de la guerre est une exposition éprouvante, mais le travail de mémoire nécessaire.

« L’art est une catharsis. S’il n’y avait pas de représentation, ce serait pire » note la commissaire de l’exposition.

Le choix des sujets de représentation est une question cruciale, pour les artistes, mais le visiteur est lui aussi amené à se demander quel effet ont sur lui ces représentations de la guerre.

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Publié le 14/07/2014 par Audrey Jeamart
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