La nouvelle place du Familistère de Guise

Étymologiquement « lieu de réunion des familles », le Familistère de Guise représente un haut lieu de l’architecture sociale du XIXe siècle. Conçu par l’agence h2o architectes et le paysagiste Michel Desvigne, le récent aménagement de ses abords s’accorde parfaitement à ce morceau de patrimoine exceptionnel.

Le Familistère de Guise, cour du pavillon centralPhotos : Stéphane Chalmeau, 2013 – Le Familistère de Guise, cour du pavillon central

De l’utopie…

Inaugurée le 13 juillet dernier, la nouvelle place du Familistère à Guise (Aisne) prolonge l’utopie architecturale imaginée en 1858 par un capitaine d’industrie particulièrement entreprenant, Jean-Baptiste André Godin (le créateur des célèbres poêles Godin), pour y loger ses ouvriers et leur offrir un niveau de confort tout à fait inédit jusque-là.

Le Familistère, construit sur le modèle du phalanstère imaginé par Charles Fourier, philosophe et théoricien du travail du début du XIXe siècle, fait l’objet depuis l’an 2000 d’un vaste programme de valorisation intitulé « Utopia ». C’est ainsi que l’agence h2o architectes et le paysagiste Michel Desvigne ont conçu un aménagement à la fois simple et strict qui prolonge et unit les bâtiments de brique orangée qui l’encadrent.

Le Familistère de GuisePhotos : Georges Fessy, 2010 – Le Familistère de Guise

…au bâtiment rêvé par Godin

Le projet de l’agence h2o et Michel Desvigne a remporté tous les suffrages en se montrant parfaitement adapté à la vision de l’urbanisme selon Godin. Le Palais Social (la principale partie habitée du Familistère) symbolise en effet une vision très particulière de la société où la coopération est la pierre angulaire de tout un système.

L’éducation à l’économie sociale influence l’architecture même des bâtiments : ainsi, à l’intérieur des cours, les balcons qui donnent accès aux appartements sont créés comme autant de lieux de rencontre entre ouvriers, qu’ils soient manoeuvres, employés de bureau ou cadres, afin de donner naissance à une réelle fraternité entre Familistériens. Les fenêtres intérieures et la promiscuité sont pensées comme des éléments d’émulation : un intérieur bien tenu fait figure d’exemple, d’autant que la perception des autres est considérée comme la meilleure des sanctions.

La configuration très particulière des bâtiments du Familistère (le Palais Social, le pavillon Cambrai, le bâtiment des économats, le bâtiment des écoles et du théâtre, la buanderie, bains et piscine) est donc voulue.

Le Familistère de GuisePhotos : Stéphane Chalmeau – Le Familistère de Guise

Référence au monde industriel

Les documents légués par Godin montrent que la place avait été conçue comme un foirail très dégagé. La gageure était de redonner une lisibilité et une unité aux différents bâtiments du Familistère en les intégrant dans un seul et même espace.

Jean-Pierre Balligand, président du syndicat mixte du Familistère Godin, explique que « le palais unitaire avait été morcelé et démembré au cours du XXe siècle à mesure que se troublait le sens de cette extraordinaire fabrique sociale. Le programme du concours de 2010 pour la place faisait l’hypothèse d’un espace partagé, inspiré du shared space de l’urbanisme néerlandais, pour créer les conditions d’une communion pacifiée des usages (circulations, habitation, services publics, visites, loisirs, fêtes) et pour soutenir l’exigence de qualité du nouvel environnement. »

De fait, déployant un tapis de 400 000 briques aux tonalités brune et métallique, la nouvelle place offre un très beau dégagement des éléments disparates existants. Pour Michel Desvignes, paysagiste, « la brique a son évidence dans un site industriel ; ça ne pouvait pas être un béton ou un enrobé. »

Le Familistère de GuisePhotos : Georges Fessy – Le Familistère de GuiseLe Familistère de GuisePhotos : Ludovic Lesur – Le Familistère de Guise

Espace (pour le) public

Mais la rénovation s’étend bien au-delà de cette place spectaculaire. Comme l’affirme Jean-Jacques Hubert, co-fondateur de h2o architectes, « il s’agit surtout du projet des abords du Familistère : de la ville au sud, du jardin au nord et de l’usine jusqu’au pavillon Cambrai, avec la place au centre ! » Plus de 210 places de parking ont été créées tout près du palais pour empêcher les stationnements de véhicules intempestifs. En desservant de plain-pied les édifices, le tapis de briques favorise la circulation des personnes handicapées.

Un éclairage mieux distribué autorise aussi des déplacements nocturnes plus sûrs. Quant au mobilier urbain dont l’installation vient de s’achever, Jean-Jacques Hubert explique qu’« il fallait créer des micro-lieux. On a dessiné les bancs pour qu’ils soient adaptés à la situation. Ils sont longs, généreux ; ils sont adaptés au Familistère. Le mobilier est là pour offrir des suggestions de confort et de contemplation de ce lieu unique. » 

Enfin, le végétal n’est pas oublié. Par exemple, l’empreinte laissée par l’ancienne nourricerie-pouponnat – la crèche imaginée par Godin –, détruite par les bombardements de 1918, se distingue grâce à une végétation plus haute.

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Publié le 04/06/2014 par Valérie Habracken
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