VD : Comment définiriez-vous votre style ? Qu’est-ce qui vous démarque des autres paysagistes ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin :
A la notion de « style », nous préférons parler de la notion de « sens ». Pour nous, le paysage se compose de plusieurs systèmes qui interagissent entre eux : sol, végétation, réseaux électriques, circulations, histoire, cultures… Leur organisation et leur juste mesure dessinent la qualité ou la médiocrité.
La réponse spatiale et le « style » changent selon le contexte, et s’inspirent généralement des lieux. Un motif paysager, un usage, une histoire, une impression deviennent les points de départ d’un nouveau projet. Le style va toujours dans le sens du territoire, au-delà des effets de mode. Après tout, c’est peut-être cela qui nous démarque de certains de nos confrères…
VD : Qu’est-ce qui vous passionne dans ce métier ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : La première motivation c’est la possibilité de changer non seulement l’esthétique de l’espace, mais surtout d’instaurer de nouvelles manières de traiter - ou du moins de réfléchir - l’aménagement public et privé. Nous abordons chaque projet comme un terrain possible d’expérimentation et d’affinage de nos idées, une occasion de proposer des solutions alternatives, parfois moins coûteuses et souvent plus écologiques. Nous recherchons en permanence de l’innovation peu importe le client ou le budget.
VD : Où puisez-vous votre inspiration ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : Pour chacune de nos réalisations, nous nous inspirons avant tout des lieux et des usages qui se réfèrent au site lui-même.
Nous nous sentons aussi proches et quelque peu influencés de certaines figures qui ont pu marquer notre société, que ce soient les écrits du naturaliste Jean-Henri Fabre, ceux de Kevin Lynch pour l’urbanisme, ou encore les écrits théoriques sur l’art et la composition de Wassily Kandinsky…
VD : Quel est le projet dont vous êtes le plus fier ? Pourquoi ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : Assez modestement, à ce jour, le premier concours international de jardins contemporains : le Festival International des Jardins de Ponte de Lima au Portugal - l’équivalent portugais du Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire. Nous l’avons remporté l’an dernier Notre jardin a été classé deuxième par le public, alors qu’il devait être, de loin, l’un des plus polémiques. Intitulé « Le Feu et 300 arbres », ce jardin abordait l’importance des feux de forêts chaque année au Portugal.
Si nous en sommes fiers, c’est que, par ce jardin, nous avons pu démontrer que nous pouvions avoir notre place sur la scène internationale du paysage.
VD : Quels sont vos projets en cours ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : Nous en avons plusieurs, localisés notamment dans le département du Nord, pour la ville de Lille ou le Conseil Général. Notre double implantation sur Lille et Paris nous permet de répondre à des marchés dans toute la France, et également pour des marchés privés.
VD : Avec quelle matière préférez-vous travailler ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : Nous n’avons pas à proprement parler de matière préférée. Nous ne voudrions pas être connus ou reconnus par une matière qui viendrait systématiquement marquer les espaces que nous concevons.Nous aimons tout de même travailler avec certains médiums comme l’acier et le bois, qui revêtissent souvent un aspect brut. Nous les préférons de loin à d’autres matériaux moins stables et parfois polluants comme le plastique.
VD : Vous travaillez sur l’aménagement d’espaces publics en ville. Quel est votre avis sur l’écologie ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : L’approche environnementale constitue assurément un des piliers de notre agence. Et contrairement à ce qu’on pourrait entendre, elle ne vient ni brider notre créativité, ni faire exploser les budgets de nos clients. Nous privilégions les circuits courts, les matériaux stables, les modes de production à impact écologique réduit…
VD : Pensez-vous que ce métier est un métier d’avenir ? Pourquoi ?
Aurélien Zoia et Sylvain Morin : En France, ce métier est ancré historiquement dans la tête des gens depuis l’époque d’André Le Nôtre et les jardins de Versailles. Depuis, il suffit de compter combien de paysagistes maillent notre territoire : environ 1500 professionnels se penchent sur les questions d’aménagement, que ce soit dans les services déconcentrés de l’état, les collectivités territoriales, les agences de paysage ou les bureaux d’études techniques… Alors oui, architecte-paysagiste est certainement une profession vouée à se développer.
VD : Quelle(s) expérience(s) ou anecdote(s) vous ont marqué dans l’exercice de votre profession ?
Aurélien Zoia : Mon souvenir le plus prégnant en termes de jardins reste incontestablement ma rencontre avec le paysagiste américain James David et sa vision particulière des jardins privés.
Cette capacité à se nourrir du passé, de l’histoire des jardins et à la transcrire dans une écriture contemporaine, restent des leçons que j’ai retenues pour bon nombre de projets.
Mes expériences de jardinier en Angleterre et en Irlande dans des pépinières et parcs privés (notamment Annes Grove Gardens au sud de l’Irlande) m’ont fait découvrir et aimer la culture botanique et horticole si développée dans ces deux pays. ꆱ
Nathalie Mora